Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Stratégie pour le nord du Canada

www.strategiepourlenord.gc.ca

Liens de la barre de menu commune

Expédition canadienne dans l'Arctique, de 1913 à 1918

Commémoration de l’expédition canadienne dans l'Arctique, de 1913 à 1918

Introduction

Pays du nord, puissant et libre

Harold Noice
Titre :Harold Noice debout à côté d’un drapeau et d’un cairn sur l’île Meighen, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD2003-0269-008
No de contrôle : 50688

L'Expédition canadienne dans l'Arctique a marqué un tournant important de l'histoire territoriale de l'Arctique canadien et a contribué à faire du Canada un pays puissant et libre. En affirmant le contrôle du Canada sur des milliers de kilomètres carrés et en confirmant la nouvelle frontière septentrionale du pays, l'Expédition et ses activités ont jeté les bases de l'avenir du développement du Canada dans l'Arctique. L'Expédition a également prouvé que le Canada, malgré son jeune âge, était prêt à démontrer vigoureusement sa souveraineté sur un territoire contesté.

En cinq ans de recherche, les membres de l'Expédition ont fait des découvertes sans pareilles, dont des îles jusque-là inconnues. Ils ont aussi rapporté des milliers de photographies, de spécimens et d'artefacts. Ces découvertes ont permis de mieux définir les limites septentrionales du Canada et d'acquérir d'importantes connaissances scientifiques et culturelles sur l'Arctique et les résidants du Nord. L'Expédition a également eu une incidence considérable sur le Nord, dont la transmission de connaissances aux Inuits et aux Inuvialuits, l'apport de nouveaux outils à ces collectivités, la découverte d'une nouvelle industrie, de même que l'établissement de nouveaux peuplements.

 

Souveraineté

Une histoire d'expansion territoriale

Carte du nord de l’Arctique
Titre : Carte du nord de l’Arctique
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD96-663-025
No de contrôle : 51675

En 1867, le Canada était un jeune pays en développement composé des provinces de l'Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Trois ans plus tard, c'est-à-dire en 1870, lors de l'achat de la Terre de Rupert à la Compagnie de la Baie d'Hudson, le Canada s'est agrandi pour englober la Terre de Rupert et les Territoires du Nord-ouest. En 1880, le Canada a obtenu de la Grande-Bretagne la confirmation de son autorité sur toutes les îles de l'Arctique, qui s'étendent vers le nord depuis la partie continentale du Canada. On ne savait toutefois pas exactement jusqu'où se rendaient les frontières canadiennes dans l'Arctique compte tenu du fait que cette région était assez peu connue.

En s'appuyant sur la confirmation obtenue en 1880, le Canada a émis un décret en 1895 déclarant que ses frontières s'étendaient du 141e méridien, à la frontière de l'Alaska, jusqu'à une ligne non définie à l'ouest du Groenland. Ce décret a établi quatre nouveaux districts dans les Territoires du Nord-Ouest : Mackenzie, Ungava, Yukon et Franklin. Le district de Franklin inclut les îles canadiennes dans l'Extrême Arctique. Il s'étend depuis l'île Victoria jusqu'à l'île d'Ellesmere, puis à l'île de Baffin.

Gouvernement actif dans l'Arctique

Sir Robert Borden
Titre : Sir Robert Borden
Source : Bibliothèque et Archives Canada
MIKAN : 3 623 356

Le Canada a mis du temps à exercer sa souveraineté dans l'Arctique puisque le développement d'une région aussi éloignée et dénudée suscitait relativement peu d'intérêt. Au cours de la dernière décennie du 19e siècle, au grand mécontentement du Canada, il arrivait couramment que des baleiniers et des explorateurs des États-Unis, de la Russie et de la Norvège, pour ne nommer que ceux-là, pénètrent dans les eaux de l'Arctique sans son autorisation.

La plus célèbre de ces incursions est l'expédition d'exploration de l'Arctique menée par l'explorateur norvégien, Otto Sverdrup, de 1898 à 1902. Ce dernier a cartographié une grande partie de l'île d'Ellesmere, auparavant inconnue, et a revendiqué trois nouvelles îles pour la Norvège, déclenchant ainsi un conflit entre la Norvège et le Canada qui n'a été entièrement réglé que dans les années 1930.

Au cours du nouveau siècle, le Canada a pris des mesures plus imposantes pour exercer un contrôle accru sur l'Arctique. En 1903, à la suite de la publication de rapports sur le chahut et l'anarchie au sein des baleiniers américains dans l'Arctique, deux postes de la Police à cheval du Nord-Ouest ont été créés dans les Territoires du Nord-Ouest – un à l'île Herschel et l'autre dans la baie d'Hudson – pour faire appliquer les lois canadiennes dans cette région.

En 1913, le premier ministre Robert Borden a été avisé de deux nouvelles expéditions américaines qui devaient avoir lieu dans les eaux de l'Arctique et qui menaçaient davantage la souveraineté du Canada. Lorsque Vilhjalmur Stefansson, originaire du Manitoba et chef de l'une des expéditions parrainées par les Américains, a demandé des fonds au gouvernement du Canada, Borden y a vu une occasion de renforcer le contrôle et la compétence du Canada à l'égard de l'Arctique.

Plans initiaux de Stefansson

Vilhjalmur Stefansson était un anthropologue et un explorateur expérimenté de l'Arctique. Il y avait auparavant mené deux expéditions anthropologiques. Pour sa troisième expédition, en 1913, Stefansson espérait trouver de nouvelles terres jamais explorées. Il s'est d'abord adressé à des promoteurs américains pour obtenir du financement. Ceux-ci lui ont fourni un montant total de 50 000 dollars pour financer un équipage de six hommes et un navire. Convaincu qu'il avait besoin de plus d'argent, il s'est tourné vers la Commission géologique du Canada, une organisation qui avait financé une partie de ces expéditions antérieures. Le directeur de la Commission géologique, Reginald W. Brock, impressionné par les plans d'exploration de Stefansson et conscient des préoccupations relatives à la souveraineté dans le Nord, a demandé à ce que le Canada joue un rôle accru.

Le gouvernement canadien collabore avec Stefansson

Vilhjalmur Stefansson
Auteur : George Hubert Wilkins
Source : Musée canadien de la nature
CMNAC/1996-057

En février 1913, Brock a organisé une rencontre entre Stefansson et le premier ministre Borden, à la suite de laquelle un sous-comité du Cabinet a envoyé une offre à Stefansson. À la grande surprise de ce dernier, le gouvernement canadien offrait de payer la totalité de l'expédition dans l'Arctique de sorte que toute nouvelle terre découverte soit reconnue comme appartenant au Canada. La participation du Canada a accru l'ampleur et la portée de l'expédition. Au lieu de six scientifiques, 14 chercheurs des meilleures universités au monde, dont Edinburgh, Harvard, McGill, Oxford et Toronto, ont pris part à l'expédition. En outre, quatre bateaux plutôt qu'un seul ont été achetés; l'ancien baleinier Karluk ayant servi de navire principal.

En vue de l'atteinte d'un double objectif d'exploration et de recherches scientifiques, l'Expédition a été divisée en deux parties. L'équipe nord, dirigée par Stefansson, était chargée de découvrir d'éventuelles nouvelles terres sur la mer de Beaufort. L'équipe sud, dirigée par un collègue de longue date de Stefansson, le zoologiste R. M. Anderson, avait pour mandat de mener des recherches scientifiques dans les environs du golfe Coronation. Le budget initialement prévu pour la totalité de l'expédition était de 75 000 dollars. Toutefois, ce montant a augmenté pour atteindre 559 972 dollars à la fin de l'expédition, en 1918. Ayant navigué depuis Victoria (Colombie-Britannique) au cours de l'été 1913, l'Expédition canadienne dans l'Arctique est la première étude d'envergure multinationale, multidisciplinaire et systématique menée dans l'Arctique.

Itinéraires de l'Expédition canadienne dans l'Arctique

Équipe nord

Les membres de l'Expédition canadienne dans l'Arctique ont quitté Victoria (Colombie-Britannique) en juin 1913 sur le Karluk et se sont rendus à Nome, en Alaska, où les équipes nord et sud se sont séparées. À la suite du naufrage du Karluk, en janvier 1914, la composition de l'équipe nord a changé considérablement, au point de se demander si elle pouvait poursuivre sa mission dans l'Arctique. Malgré le scepticisme, Stefansson l'a remise sur pied et a établi une base à Cap Kellett. Les membres de l'Expédition pouvaient alors partir de là pour se rendre à l'île Banks et explorer la mer de Beaufort, à la recherche de nouvelles îles.

Équipe sud

Le navire de l'équipe sud a quitté Nome, en Alaska, en juillet 1913. En raison des conditions météorologiques défavorables, l'équipe a dû hiverner à Collinson Point, en Alaska, la majeure partie de l'année. Lorsque les conditions se sont améliorées, elle a construit une base appelée « Bernard Harbour ». Malgré le retard accusé au début de l'Expédition, l'équipe de scientifiques avait réussi à atteindre la majorité de ses objectifs en 1916. La plupart des travaux liés à la botanique, à la géologie, à la géographie, à l'océanographie, à la zoologie, de même qu'à d'autres disciplines scientifiques ont été menés dans la région du golfe Coronation.

Définir les frontières du Canada : découverte de nouveaux territoires

En cinq ans, l'Expédition canadienne dans l'Arctique a parcouru plus de 10 000 km2 de territoire auparavant inconnu et a découvert cinq des six dernières îles encore inconnues de l'Arctique canadien. Après l'Expédition, 53 entités géographiques, tels que des ruisseaux, des détroits, et des lacs, ont été nommées en l'honneur des membres de l'Expédition.

Contrairement aux explorateurs traditionnels qui transportaient de lourdes cargaisons de marchandises, Stefansson faisait des expéditions sur la glace au cours desquelles lui et quelques compagnons vivaient des ressources de la glace et de la terre, se fiant ainsi aux phoques et aux caribous pour la nourriture et le carburant. La méthode d'exploration de Stefansson s'est avérée efficace et supérieure à celle utilisée par Donald Baxter MacMillan lors d'une expédition américaine concurrente dans l'Arctique, qui s'est déroulée de 1913 à 1917. Lorsqu'il s'est retrouvé à court de provisions, en 1916, MacMillan a été forcé de retourner à sa base pour se réapprovisionner, contrairement à Stefansson, dont la méthode consistant à « vivre de la glace » lui a permis de poursuivre ses travaux d'exploration malgré ses provisions limitées.

Après l'Expédition, la majorité des pays ont reconnu les découvertes de Stefansson dans la mer de Beaufort. Le seul conflit concernant la souveraineté dans l'Arctique qui est survenu à la suite de l'Expédition visait l'île d'Ellesmere, que le Danemark qualifiait de zone neutre et non délimitée. Toutefois, Stefansson était d'avis que le Canada devait renforcer sa présence dans l'Arctique par l'occupation et le développement économique des îles nouvellement découvertes, affirmant que tout le monde pouvait appliquer sa méthode qui consistait à « vivre de la glace ». Stefansson a présenté une nouvelle façon de voir l'Arctique, c'est-à-dire comme une terre dotée d'un énorme potentiel et non comme une terre inutilisable.

« L'Arctique nord-américain était le seul endroit sur la terre où il était encore possible de faire de merveilleuses découvertes géographiques. » [traduction]

– M. Reginald Brock, directeur de la Commission géologique du Canada

Les plus grand îles :
  • 1915 – île Brock, 764 km2
  • 1915 – île Borden, 2 795 km2
  • 1915 – île Mackenzie King, 5 048 km2
  • 1916 – île Lougheed, 1 312 km2
  • 1916 – île Meighan, 955 km2
Les plus petites îles :
  • Île Jenness
  • 1917 – île Elvina, île Kilian, île Mikkelsen et autres



Science

Progrès scientifiques réalisés dans l'Arctique par l'équipe sud

Tandis que l'équipe nord de l'Expédition relevait du ministère du Service naval, l'équipe sud relevait de la Commission géologique du ministère des Mines. M. Brock, directeur de la Commission géologique, a lutté activement pour l'inclusion de la découverte scientifique dans l'Expédition, d'où la création de l'équipe sud. Le mandat de l'équipe sud, qui était axé sur les recherches scientifiques multidisciplinaires dans l'Arctique, était unique et sans précédent. En trois ans, l'équipe a réussi à recueillir énormément de résultats scientifiques. Certaines des réalisations de l'équipe sud sont décrites ci-dessous.

Zoologie

Rudolph Anderson et un huard
Titre : Rudolph Anderson et un huard, Bernard Harbour, Territoires du Nord­Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD96-663-004
No de contrôle : 51614

L'équipe sud a constitué une impressionnante collection de spécimens rares d'oiseaux et de mammifères. Anderson avait lui-même recueilli 616 spécimens de 73 espèces d'oiseaux arctiques, dont le lagopède alpin et le huard à bec blanc. L'équipe sud a également récolté 422 spécimens de 22 espèces de mammifères, dont un spermophile arctique et un bœuf musqué. Ces collections ont plus tard été données au Musée national du Canada, à Ottawa. Aujourd'hui, elles se trouvent au Musée canadien de la nature.

 

Anthropologie

Inuits du cuivre sur la rive à Bernard Harbour
Titre : Inuits du cuivre sur la rive, à Bernard Harbour, Territoires du Nord­Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisationsn
No de dossier CD : CD95-953-024
No de contrôle : 42228

À l'époque de l'Expédition, les Inuits du cuivre formaient une collectivité isolée et peu connue qui était principalement établie dans le golfe Coronation et sur l'île Victoria. Des Inuits du cuivre ont souvent rendu visite à l'équipe sud, à Bernard Harbour, surtout par curiosité. Beaucoup d'entre eux n'avaient jusque-là jamais vu de non-Inuits. Initialement, deux anthropologues étaient chargés d'étudier les Inuits, soit Henri Beuchat, qui a péri dans le naufrage du Karluk, et Diamond Jenness. Ce dernier a abondamment étudié la culture, la langue et les caractéristiques physiques générales des Inuits du cuivre. Il a également recueilli des artéfacts tels que des lunettes de neige faites de bois de caribou, d'os ou de bois, et un chapeau de danse fabriqué avec de la peau de caribou et de phoque. Ses enregistrements de chansons et de récits folkloriques sont quelques-uns des rares vestiges de la culture des Inuits du cuivre avant le premier contact avec les Européens. Compte tenu de son travail dans le cadre de l'Expédition, Jenness est plus tard devenu l'un des plus importants anthropologues au Canada.

Géographie

Le géographe John Ruggles Cox
Titre : John Cox prenant des mesures de latitude avec un sextant à cap Barrow, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD96-604-029
No de contrôle : 43279

L'équipe sud a réalisé d'importants progrès en géographie, en grande partie grâce au travail des géographes canadiens John Ruggles Cox et Kenneth Chipman. Ensemble, Cox et Chipman ont corrigé et actualisé les anciennes cartes britanniques qui dataient des années 1850. Les conditions météorologiques de l'Arctique ont souvent ralenti les travaux. Pour accroître leur efficacité, les deux géographes ont divisé le travail de manière à ce que Chipman arpente le bras est du fleuve Mackenzie et Cox, le bras ouest. L'équipe sud a mis à jour les cartes de la partie continentale du Nord canadien, du delta du Mackenzie et de Bathurst Inlet.

 
Le géographe Kenneth Chipman
Titre : Kenneth Chipman faisant des observations solaires à Bernard Harbour, Territoires du Nord­Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD95-937-005
No de contrôle : 38746
 

Publications et rapports

Après l'Expédition, l'équipe sud a produit 64 rapports, compilés en 14 volumes, sur les recherches effectuées pendant l'Expédition. Grâce à l'Expédition canadienne dans l'Arctique, le Canada a acquis la réputation de spécialiste éminent en sciences arctiques. Bon nombre de ces rapports sont encore pertinents, particulièrement pour comprendre les effets du changement climatique sur l'Arctique.

Le naufrage du Karluk

Le Karluk
Le Karluk, ca. 1913-1914.
provenant de Fitzhugh Green, Bob Bartlett Master Mariner (New York: G.P. Putnam's Sons, 1929) 152.
De part de Patrimoine de Terre-Neuve et du Labrador

Une tragédie a frappé les membres de l'Expédition en janvier 1914, lorsque le navire de l'équipe nord, le Karluk, a sombré près de l'île Wrangel, au large de la côte de Sibérie. Prisonnier des floes de glace en août 1913, le Karluk a dévié de sa trajectoire jusqu'à temps de s'immobiliser près de la baie Camden. Après un mois pris dans les glaces, Stefansson a formé un groupe de cinq chasseurs. Deux jours plus tard, une violente tempête de neige a propulsé par surprise le Karluk vers la Sibérie, séparant à tout jamais Stefansson du Karluk. Le navire est demeuré au large de la côte de Sibérie jusqu'à ce qu'il finisse par sombrer, le 11 janvier 1914. Les membres de l'équipage ont survécu au naufrage, mais certains ont succombé aux contrecoups. Huit hommes sont morts noyés ou gelés en essayant d'atteindre la terre ferme au large de la côte de l'île Wrangel. Deux autres sont décédés à la suite d'un empoisonnement alimentaire, et un est décédé d'une blessure par balle, apparemment accidentelle. À l'automne 1914, lorsque Robert Bartlett, capitaine du Karluk, et Kataktovik, guide inuit, se sont rendus en Sibérie pour obtenir de l'aide, le reste des membres de l'équipage a finalement été secouru. Après sa séparation du Karluk, en septembre 1913, Stefansson a réussi à retourner en Alaska, où il a formé une autre équipe nord.


Conflit de personnalités

Stefansson était reconnu comme étant un visionnaire et un audacieux explorateur de l'Arctique. Toutefois, sa forte personnalité créait souvent des conflits avec les scientifiques plus pragmatiques de l'équipe sud. Croyant que la découverte de nouvelles îles était plus importante que la recherche scientifique, il exigeait souvent d'utiliser les ressources de l'équipe sud, surtout son navire, le North Star. Au déplaisir de Stefansson, l'équipe sud contestait agressivement ses demandes. Après l'Expédition, Stefansson a rédigé un récit cinglant sur les scientifiques dans son livre à succès publié en 1921 et intitulé The Friendly Arctic. Dans son livre, Stefansson a exagéré les exploits des membres de l'Expédition et créé une perception mythique de l'Arctique. Il a également accusé publiquement l'équipe sud de mutinerie et de subordination, particulièrement en lien avec son refus de lui prêter le North Star. Ce livre a provoqué une querelle longue et amère entre Stefansson et l'équipe sud qui ne s'est jamais réglée.

Exploration dans une région arctique qui ne se voulait pas tellement accueillante

Hommes transportant de la marchandise par traîneau
Titre : Hommes transportant de la marchandise par traîneau en Alaska
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD96-650-024
No de contrôle : 50737

L'Arctique est un milieu hostile et exigeant. Pendant l'hiver, il fait sombre et les températures y sont glaciales. Il n'y a que quelques heures de clarté par jour, voire aucune. Sans équipement approprié, tels que des lunettes de neige et des vêtements chauds, les explorateurs pouvaient être atteints d'ophtalmie des neiges ou souffrir d'engelures et de l'exposition au froid. En hiver, de larges floes de glace empêchaient les navires d'avancer. Les explorateurs devaient se déplacer en traîneau à chiens, ce qui, souvent, exigeait des pauses fréquentes. L'été, au contraire, rendait l'Arctique plus accessible, mais la saison était courte et comportait ses propres risques. Les moustiques étaient un grand fléau. Un membre de l'Expédition s'est rappelé que « c'est l'atmosphère stupéfiante des moustiques qui enveloppe tout le visage du pays en été qui est une vraie malédiction. » [traduction]

Il était aussi difficile de rester en bonne santé. S'ils étaient chanceux, les membres de l'équipage pouvaient manger de la viande de phoque, d'ours polaire et de caribou. Des hommes qui ne se nourrissaient pas adéquatement ont attrapé le scorbut, la typhoïde et pire encore. Les personnes atteintes du scorbut étaient souvent trop faibles pour marcher. Selon Stefansson, leurs dents étaient tellement branlantes qu'elles pouvaient « facilement être arrachées avec les doigts ». En 1916, même Stefansson, qui jouissait généralement d'une bonne santé a attrapé la typhoïde et une pneumonie en raison d'une alimentation déséquilibrée et de l'exposition. Son compagnon, Storker Storkerson, a dû poursuivre le travail de Stefansson sans ce dernier en 1917. Au total, 17 hommes ont perdu la vie pendant l'Expédition. Les causes de décès sont, notamment, le suicide, la famine et l'exposition.




Résidants du Nord

Contact avec les cultures nordiques

Archer inuit du cuivre
Titre : Archer inuit du cuivre sur l’île Victoria, Territoires du Nord-Ouest
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD2003-0396-026
No de contrôle : 51167

Pendant une grande partie de ses débuts, le gouvernement du Canada connaissait peu de choses sur son territoire arctique et les Inuits qui y vivaient. Dans le cadre de son mandat scientifique, les membres de l'Expédition se sont fixés comme objectif d'en apprendre davantage sur les résidants du Nord. Ils ont rencontré des gens forts et résilients, mais pour la plupart nomades et isolés, qui vivaient de la terre et de la glace. Certains groupes, comme les Inupiats, étaient habitués aux visiteurs de la Russie, de l'Alaska et du Canada. D'autres, tels que les Inuits du cuivre et les Inuits Netsilik, n'avaient pratiquement aucun contact avec des étrangers. Grâce à l'interaction entre les membres de l'Expédition et les résidants du Nord, le gouvernement canadien a approfondi ses connaissances sur les langues, les cultures et le mode de vie des Inuits.

Coopération avec les résidants du Nord

Copper Inuit near motion picture camera
Titre : Inuits du cuivre près d’une ciné-caméra sur les îles Berens, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD96-653-022
No de contrôle : 50913

Un certain nombre d'Inuits ont été embauchés par l'équipe nord et l'équipe sud pour la durée de l'Expédition. Sans l'aide et l'expertise des Inuits, il ne fait aucun doute que plus de personnes auraient perdu la vie au cours de l'Expédition. Les Inuits agissaient souvent comme guides, chasseurs, conducteurs de traîneaux à chiens, et, parfois, comme interprètes. Par exemple, l'Inupiat, Patsy Klengenberg, fils d'un baleinier danois et d'une Inupiat de l'Alaska, est devenu l'apprenti de Jenness. Ce dernier disait de Patsy : « Je n'aurais pu trouver meilleur interprète que lui le long de la côte de l'Arctique ». [traduction] Les femmes cuisinières et couturières occupaient une place tout aussi vitale dans l'Expédition. Leur rôle d'appui était inestimable pour la survie des membres, plus particulièrement à compter du moment où ils ont été exposés au climat arctique rigoureux et au risque qu'une alimentation non équilibrée entraîne des décès. Stefansson a déjà écrit ce qui suit : « une excellente couturière est une ressource dont aucune équipe qui passe l'hiver sur la côte de l'Arctique ne pourrait se passer ». [traduction]

Incidences culturelles et politiques de l'Expédition

Cairn en forme de croix
Titre : Cairn en forme de croix près du port Epworth, Territoires du Nord­Ouest (Nunavut)
Source : Musée canadien des civilisations
No de dossier CD : CD95-939-006
No de contrôle : 38873

Quand les nouvelles concernant l'Expédition se sont répandues, elles ont attiré une attention sans précédent sur les résidants du Nord. Des gens du monde entier étaient intéressés à étudier l'Arctique, ce qui eut pour effet d'attirer un nombre élevé d'explorateurs et de commerçants dans cette région. Grâce au troc, l'Expédition a également permis de présenter de nouvelles technologies aux résidants du Nord. En échange de vêtements, d'arcs, de flèches, de vases de pierre et de lampes, les membres de l'Expédition remettaient souvent aux résidants du Nord des aiguilles à coudre, des boîtes d'allumettes, des couteaux, des carabines et des munitions. Ces échanges avaient des effets positifs aussi bien que négatifs sur les Inuits et leur mode de vie. L'utilisation répandue de carabines et de collets a entraîné une forte baisse des populations de caribous et de phoques, créant une pénurie alimentaire dans les collectivités inuites. Les mariages mixtes pendant et après l'Expédition étaient également répandus. Dans bien des cas, ils ont entraîné la naissance d'enfants qui n'étaient pas complètement acceptés dans l'une ou l'autre des collectivités culturelles.

 



Stratégie pour le Nord du Canada

Exercer notre souveraineté dans l'Arctique

L'image de conception du NGCC John G. Diefenbaker
Galerie des images de conception du NGCC John G. Diefenbaker, qui sera le premier grand brise-glace construit au Canada en plus de vingt ans.

Garde côtière canadienne

Depuis les années 1930, il n'y a pas eu de défis de taille à relever en ce qui a trait à la souveraineté du Canada sur les terres et les îles lui appartenant dans le Nord, en dépit des querelles survenues au sujet des eaux arctiques. Dans les années 1970, afin de renforcer les revendications du Canada dans l'Arctique, le gouvernement a créé une zone de prévention de la pollution sur 100 milles nautiques – qui, plus tard, s'est étendue sur 200 miles – et une zone économique exclusive sur 200 milles nautiques. En 1986, après avoir tiré des lignes de base droites autour du territoire arctique marin du Canada, le gouvernement a déclaré que le passage du Nord-Ouest faisait partie des eaux intérieures du Canada. Aujourd'hui, en tant que signataire à la Commission des Nations Unies sur le droit de la mer, le Canada soumet un dossier pour agrandir son plateau continental. En outre, le gouvernement continue d'affirmer fermement sa présence dans le Nord. Il a d'ailleurs récemment créé un centre de formation des Forces canadiennes dans l'Arctique, à Resolute Bay, en plus d'avoir lancé le processus d'acquisition de nouveaux navires de patrouille extracôtiers et de l'Arctique et d'un nouveau brise-glace polaire – le plus grand et le plus puissant dans l'histoire de la flotte de la Garde côtière canadienne.

Des activités scientifiques actuelles de calibre mondial

© Ed Struzik – Affaires autochtones et Développement du Nord Canada

L'Expédition canadienne dans l'Arctique a transmis un héritage scientifique dans le Nord dont les Canadiens peuvent être fiers – un héritage qui, aujourd'hui, est plus solide que jamais. Dans le cadre de sa Stratégie intégrée pour le Nord, le gouvernement du Canada a fait d'importants investissements dans les sciences et la technologie dans l'Arctique. La Station de recherche du Canada dans l'Extrême-Arctique (SRCEA), qui sera construite à Cambridge Bay, au Nunavut, devrait ouvrir ses portes à l'été 2017. La SRCEA sera un établissement de recherche de calibre mondial axé sur les résultats qui se maintiendra à la fine pointe des questions arctiques, comme les sciences de l'environnement et le développement des ressources naturelles. Misant sur la capacité, les réussites et le leadership de l'Année polaire internationale en matière de sciences et technologie dans l'Arctique, la SRCEA permettra d'assurer une forte présence scientifique dans le Nord canadien en complétant le réseau existant d'expertise et d'installations dans l'Arctique.


Les résidants du Nord au 21e siècle

Aujourd'hui, de fiers résidants du Nord prêtent leur voix et leurs talents au profit de l'autonomie gouvernementale autochtone, des traités modernes, des politiques et de l'administration territoriales, ainsi que de la démocratie nationale du Canada. Le Nord offre également un riche paysage culturel. Des pratiques culturelles traditionnelles y sont préservées, alors que d'autres évoluent au même rythme que les nouveaux médias et les nouvelles idées. L'intérêt national et international accru que suscite le Nord depuis quelques années peut s'expliquer par les possibilités d'exploitation des ressources, les nouvelles voies de transport et les effets du changement climatique, qui s'intensifient. Le gouvernement est résolu à travailler avec les résidants du Nord pour que nous saisissions et relevions, ensemble, ces occasions et ces défis, de même que d'autres occasions et défis. Par l'intermédiaire de la Stratégie pour le Nord du Canada, le gouvernement appuie le développement économique, répond aux besoins en matière d'infrastructure essentielle, et favorise le bien-être des résidants du Nord. Ce partenariat fait prendre conscience que l'avenir du Canada est intimement lié à celui du Nord et vise à laisser un héritage durable aux générations à venir.

© C. Germano – Affaires autochtones et Développement du Nord Canada
© Ed Struzik – Affaires autochtones et Développement du Nord Canada
 

Autres liens d'intérêt :